Aftercare : ce que j'ai appris en 10 ans de pratique

Pendant mes cinq premieres annees de BDSM, l'aftercare etait une case a cocher. Couverture, eau, calin, case cochee. Il m'a fallu dix ans pour comprendre que je passais a cote de l'essentiel. Voici ce que les manuels ne vous diront jamais.

Lecon n°1 : L'aftercare commence avant la scene

On presente toujours l'aftercare comme ce qui vient apres. C'est une erreur monumentale. L'aftercare se prepare avant meme que le premier noeud soit serre. Connaitre les declencheurs emotionnels de votre partenaire, savoir qu'il ou elle a une reunion stressante le lendemain, anticiper que le drop pourrait coincider avec une journee difficile au boulot. Tout ca, c'est de l'aftercare preventif.

J'ai appris ca a mes depens. Une scene magnifique avec une partenaire qui m'avait dit qu'elle gerait. Sauf que le lendemain, c'etait l'anniversaire de la mort de son pere. Elle ne m'en avait pas parle. Moi, je n'avais pas pose la question. On a paye cette omission en trois jours de larmes. Depuis, ma check-list de scene inclut toujours un point sur le contexte de vie. Toujours.

Lecon n°2 : L'aftercare n'est pas universel

Le modele chocolat-chocolat-couverture-plaid, c'est du cinema. Certaines personnes ont besoin d'etre seules apres une scene. D'autres veulent parler pendant deux heures. Certaines veulent du sexe vanilla. D'autres ne supportent plus le contact physique pendant un temps. Imposer VOTRE vision de l'aftercare a quelqu'un, c'est rater le coche.

J'ai connu une soumise qui detestait les calins en aftercare. Elle avait besoin de s'asseoir dans un coin de la piece, enveloppee dans une couverture, et de ne pas etre touchee pendant vingt minutes. La premiere fois, je l'ai mal vecu. Je croyais que je faisais mal mon travail de Dominant. En realite, je faisais mal mon travail d'ecoute. Le subdrop se soigne avec ce dont la personne a besoin, pas avec ce que vous pensez qu'elle devrait vouloir.

Lecon n°3 : L'aftercare du Dominant existe

Personne n'en parle. Ou si peu. Apres une scene intense, le Dominant peut ressentir une culpabilite monstrueuse. « Qu'est-ce que j'ai fait ? » « Est-ce que je suis un monstre ? » « Est-ce qu'elle va bien, vraiment ? » Le domdrop est reel, il est violent, et il est terriblement seul.

Pendant des annees, j'ai cru que ces moments de doute etaient une faiblesse personnelle. Que j'etais un mauvais Dominant parce que je vacillais apres coup. J'ai mis du temps a comprendre que mon cerveau, lui aussi, redescendait d'un shoot chimique. La descente apres la scene n'epargne personne, et le Dominant n'a souvent meme pas la legitimite sociale de la vivre. Le soumis est « autorise » a etre fragile. Le Dominant, lui, est cense tenir. Foutaise. Un Dominant qui fait son aftercare est un Dominant qui dure.

Lecon n°4 : La nourriture n'est pas optionnelle

Ca a l'air bete. Mais apres une scene d'une heure, votre glycemie est dans les chaussettes. Votre corps a brule des calories comme si vous aviez couru un 10 kilometres. Ne pas manger dans les trente minutes qui suivent une scene intense, c'est programmer un drop. Chocolat, fruits secs, une banane, du fromage, quelque chose de dense. L'eau, c'est indispensable. Mais sans sucre et sans proteines, l'eau ne suffit pas. J'ai appris ca dans un donjon public, en voyant une fille s'evanouir vingt minutes apres sa scene. Pas a cause de la scene. A cause de l'hypoglycemie.

Lecon n°5 : Le check-in a J+1, J+2, J+3

Le drop peut etre immediat ou retarde. Parfois, il arrive trois jours plus tard, quand votre partenaire est seul(e) chez lui/elle, sans personne pour lui dire que tout va bien. Le SMS du lendemain n'est pas une option. C'est un minimum. Et pas un SMS generique. Un message qui dit : « Je pense a toi. Comment te sens-tu vraiment ? Dis-moi la verite, pas ce que tu crois que je veux entendre. »

J'ai instaure un rituel avec toutes mes partenaires : un message a J+1, un appel a J+2, et une permission explicite de me contacter a n'importe quelle heure si le drop arrive par surprise. Ce n'est pas du controle. C'est du soin. La vraie aftercare ne s'arrete pas quand vous quittez la piece.

Ma regle personnelle
« L'aftercare dure aussi longtemps que la scene. Minimum. Une scene d'une heure = une heure d'aftercare. Une scene de quatre heures = quatre heures. Ce n'est pas une regle absolue, mais c'est un repere. En dessous, vous sous-estimez probablement ce que vous venez de traverser ensemble. »

Lecon n°6 : Les mots comptent autant que les gestes

« Tu as ete magnifique. » « Merci pour ta confiance. » « Tu es en securite. » « Je suis fier(e) de toi. » Ces phrases ne sont pas des formules vides. Dans l'etat de vulnerabilite post-scene, le cerveau absorbe les mots comme une eponge. Un compliment sincere a ce moment-la vaut plus que mille compliments en temps normal. Et inversement : une remarque maladroite, un silence prolonge, une distance froide, ca peut marquer des mois. J'ai vu des dynamiques se briser non pas a cause de la scene, mais a cause de l'aftercare rate qui a suivi.

Lecon n°7 : L'aftercare se personnalise dans le temps

Ce qui marchait au debut de la relation ne marchera peut-etre plus dans six mois. Les besoins evoluent. Peut-etre qu'au debut, un chocolat chaud suffisait, et que maintenant votre partenaire a besoin de parler de ses ressentis profonds. Peut-etre qu'inversement, il ou elle a besoin de moins d'attention qu'avant. L'aftercare, ca se reevalue comme le reste de la relation BDSM. Tous les trois mois, je repose la question : « Qu'est-ce qui a change dans ce dont tu as besoin apres une scene ? » Et je suis surpris. Presque a chaque fois.

Lecon n°8 : L'aftercare ne rattrape pas une scene toxique

C'est la lecon la plus amere. Si la scene etait abusive, si le consentement etait flou, si vous avez franchi une limite sans le realiser, l'aftercare ne reparera rien. L'aftercare, c'est un baume sur une blessure normale. Ce n'est pas un pansement sur une plaie ouverte par un viol. J'ai mis du temps a comprendre la frontiere entre un drop normal et une reaction traumatique. L'un se soigne avec des couvertures. L'autre necessite peut-etre un therapeute. Et ce n'est pas a vous, partenaire de scene, de jouer ce role. La pratique du BDSM et les traumatismes, c'est un sujet qu'il faut prendre avec une humilite totale.

Lecon n°9 : L'aftercare peut etre sexy

Ca aussi, on ne le dit pas assez. Les cinq premieres annees, je pensais que l'aftercare devait etre asexue, medical, froid. Ensuite, j'ai decouvert que pour certaines personnes, moi y compris, l'aftercare pouvait inclure une reconnexion sexuelle douce, vanilla, tendre. Des caresses, un bain partage, faire l'amour sans aucune dynamique D/s. Rien n'interdit que l'aftercare soit erotique, tant qu'il repond a un vrai besoin et pas a une pulsion egoiste du Dominant. C'est toute la nuance. L'aftercare n'est pas une extension de la scene, c'est une transition, mais la transition peut etre chaude, intime, vivante. Le jeu D/s et la tendresse ne sont pas incompatibles.

Lecon n°10 : L'aftercare, c'est aussi pour vous

Dixieme lecon, la plus personnelle : donner de l'aftercare, c'est aussi recevoir. Apres une scene intense, j'ai besoin de sentir que ma partenaire va bien. Pas pour mon ego, pour mon humanite. La voir sourire, l'entendre dire « tout va bien », sentir sa main dans la mienne, c'est mon aftercare a moi. Pendant des annees, j'ai fait l'aftercare « pour elle ». Maintenant, je sais que j'en ai autant besoin qu'elle. Et je le dis. Et ca change tout.

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Vincent Laroche

Dominant experimente depuis 20 ans, ancien educateur, auteur et formateur BDSM. Fondateur de bdsm-guide.net.

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