Quand le BDSM revele des traumatismes non resolus

Tu commences une scene en confiance, tout est negocie, le safeword est clair. Et puis d'un coup, sans prevenir, quelque chose se fissure. Ce n'est pas la douleur physique qui deborde, c'est autre chose. Un souvenir. Une sensation qui n'a rien a voir avec le moment present. Le BDSM ne cree pas les traumatismes. Mais il peut les reveiller. Et ca, personne ne te le dit avant.

Le BDSM n'est pas une therapie (et c'est tant mieux)

Commencons par tordre le cou a un mythe tenace : le BDSM ne remplace pas une therapie. Point.

On entend souvent des recits de personnes qui affirment que le BDSM les a « gueries » de traumatismes passes. Je ne doute pas de la sincerite de ces temoignages. Mais confondre catharsis et guerison, c'est comme confondre un pansement et une operation chirurgicale. Le pansement soulage. L'operation repare. Ce n'est pas la meme chose.

Ce que le BDSM peut faire, en revanche, c'est creer un espace de re-negociation symbolique. Dans une scene ou le consentement est total, ou le safeword est sacre, une personne peut experimenter un controle total sur une situation qui ressemble a celle du trauma, mais dont elle maitrise chaque parametre. C'est puissant. Mais c'est fragile. Et ca peut deraper.

Jay Wiseman, dans SM 101, appelle ca « l'effet boomerang », cette capacite qu'a le BDSM a ramener a la surface des emotions qu'on croyait rangees. Il insiste : quand ca arrive, la scene s'arrete. Immediatement.

Les signaux qui doivent t'alerter

La dissociation. La personne n'est plus la. Elle regarde la scene de l'exterieur. Elle ne reagit plus, ou ses reactions sont mecaniques. Le safeword ne vient pas parce que la personne n'est plus en capacite de le prononcer. C'est le signal d'alarme numero un.

La reaction disproportionnee. Une tape sur la cuisse declenche une crise de panique. Une corde autour du poignet provoque une terreur incontrollable. Ce n'est pas la douleur qui est en cause, c'est ce qu'elle evoque.

Le silence anormal. Un soumis qui communique bien et qui devient soudain mutique. Attention : le silence peut aussi etre un signe de subspace profond. La difference, c'est le contexte. Un silence inhabituel, surtout apres un geste specifique, merite un check-in immediat.

Quand ca deborde en pleine scene : le protocole

Si tu sens que ton/ta partenaire part en trauma response, tu arretes tout. Peu importe ou vous en etiez. Le safeword, c'est le tien aussi.

Les etapes concretes : Arret immediat de toute stimulation. Ancrage dans le present : « Tu es en securite. La scene est terminee. » Contact physique securisant : couverture, main posee. Hydratation. Respiration guidee. Et surtout : ne pas interpreter, ne pas psychanalyser. Le moment, c'est la stabilisation.

Une fois la crise passee ? On ne reprend pas la scene. Meme si la personne insiste. La confiance se reconstruit dans la duree, pas dans la precipitation.

Apres la scene : ce que tu fais dans les jours qui suivent

Un trauma reactive ne disparait pas en une soiree d'aftercare. Il peut y avoir des repercussions pendant plusieurs jours.

Ne pas fuir la conversation. Aborde le sujet doucement. « Comment tu te sens depuis l'autre soir ? » Pas « on doit parler de ce qui s'est passe ». La nuance est enorme.

Proposer des ressources professionnelles. Si ce qui est remonte semble profond, suggerer, sans imposer, de consulter un psy forme aux questions de sexualite et de trauma. Tu peux orienter vers des annuaires de praticiens kink-friendly, qui existent dans la plupart des grandes villes.

Le role du partenaire : ni psy, ni sauveur

Tu n'es pas le therapeute de ton/ta partenaire. Tu es son/sa partenaire de jeu, de vie. Tu peux soutenir, ecouter, securiser. Tu ne peux pas soigner.

Et inversement : si c'est toi qui as un historique traumatique, tu n'as pas a t'excuser d'avoir des triggers. Ce n'est pas « etre fragile ». C'est etre humain. La seule chose que tu dois a ton/ta partenaire, c'est d'etre honnete sur ce que tu sais de tes zones sensibles. Avant la scene. Pas pendant.

Ce que je dis toujours aux partenaires de jeu
« Si tu as un passe traumatique, tu n'as pas a me le raconter en detail. Mais tu dois me dire ce qui pourrait declencher une reaction. « Les mains autour du cou, non. » Point. Je n'ai pas besoin de savoir pourquoi. J'ai besoin de savoir quoi. »

Le BDSM revele ce qui est deja la. Il ne l'invente pas. Et c'est peut-etre ca, au fond, sa plus grande lecon : on ne peut pas jouer avec ses ombres sans les avoir d'abord regardees en face.

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Vincent Laroche

Dominant experimente depuis 20 ans, ancien educateur, auteur et formateur BDSM. Fondateur de bdsm-guide.net.

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